Visite virtuelle du site de l’ancien Hôpital Royal Victoria


Dans le but de faire découvrir le site de l'ancien Hôpital Royal Victoria, l'OCPM en collaboration avec le guide Justin Bur*, a organisé des visites guidées les 26 septembre, 7 et 9 octobre 2021. À la suite de ces visites un résumé en texte et en images** a été réalisé pour permettre à ceux qui ne pouvaient pas être présents d'en profiter également. 

*Diplômé en urbanisme, Justin Bur est auteur, chercheur en histoire et guide touristique.
**Toutes les photos de la visite ont été prises par Sylvie Trépanier - Photographe.

Bonne visite!

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1.     Nous commençons dans l’avant-cour, la porte d’entrée principale de l’hôpital depuis son ouverture en 1893, autour de laquelle sont disposés les trois édifices d’origine.

L’hôpital est érigé sur une partie assez en pente du flanc sud de la montagne.

La présence humaine sur la montagne remonte à environ 8 000 ans. Elle suit de peu de temps le retrait des glaciers. De nombreuses découvertes archéologiques sur l’île de Montréal témoignent d’activités de différentes Premières Nations au fil des millénaires. Située à la confluence de deux grands cours d’eau, la rivière des Outaouais et le fleuve Saint-Laurent, l’île est un point de rencontre et d’échanges et, à certaines périodes, un lieu d’habitation.

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Source: Justin Bur

 

Les Sulpiciens, seigneurs de Montréal, rendent la plus grande partie de la montagne accessible aux acheteurs privés pour la première fois en la concédant en 1708 à Pierre Raimbault, notaire royal. La limite est de sa vaste concession correspond à l’axe central du futur hôpital. Après son décès en 1740, cette terre est divisée. Environ 40 % de la superficie est acquise en 1804 par le marchand de fourrures Simon McTavish, qui tente de construire une grande demeure entre les rues Peel et McTavish, au sud de l’avenue des Pins. Lorsqu’il meurt en 1808, McTavish est inhumé dans un tombeau isolé dans les hauteurs de sa propriété. Sa maison inachevée était appelée la « maison hantée » pendant des décennies.

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Presque toute l’ancienne propriété McTavish au nord de l’avenue des Pins finira par faire partie du parc du Mont-Royal en 1874. Le terrain autour de la maison construite en 1863 par Hugh Allan, nommée Ravenscrag (le rocher du corbeau), fait exception. Allan a réussi là où McTavish a échoué, encore plus haut sur la montagne. Ce terrain, donné en 1940 par la succession Allan à l’hôpital, deviendra l’Institut Allan Memorial.

De la limite est de la propriété Allan jusqu’au côté ouest des édifices originaux de l’hôpital, entre l’avenue des Pins et la falaise dans le parc, se trouve une autre partie de l’ancienne terre McTavish. Celle-ci a été intégrée au parc lors de sa création, mais détachée en 1889 pour servir de terrain initial pour l’hôpital. Cependant, le réservoir municipal d’eau potable (aujourd’hui caché sous le parc Rutherford) se trouvait tout près et à ciel ouvert. Par crainte que la présence d’un hôpital puisse contaminer le réservoir, on a cherché à éloigner les bâtiments de l’hôpital. Il n’y aura pas d’édifices sur ce terrain initial avant 1907.

À partir de l’intersection de l’avenue des Pins et de l’avenue du Docteur-Penfield, jusqu’à l’axe de la rue Hutchison, un grand espace rectangulaire était occupé par la vaste propriété de John Frothingham ainsi que d’autres grandes demeures. Dirigeant d’une société de quincaillerie en gros, Frothingham est mort en 1870 en laissant la propriété en héritage à sa fille Louisa. La demeure des Frothingham, appelée Piedmont, n’était pas visée par les expropriations du parc. Par contre, une bonne partie de son terrain dont le côté ouest de la rue University devait en faire partie. L’architecte paysagiste du parc, Frederick Law Olmsted, avait l’intention d’aménager une entrée principale du parc sous forme d’un chemin sinueux partant de l’avenue des Pins près de Docteur-Penfield. Une fois que Louisa Frothingham épousa John Henry Robinson Molson en 1873, les procédures d’expropriation furent soudainement arrêtées. Olmsted était furieux. Une quinzaine d’années plus tard, les Molson se montrent plus ouverts à vendre la partie de leur terrain du côté ouest de la rue University aux fondateurs de l’hôpital. C’est sur ce terrain que l’hôpital initial est construit.

 

 

2.     Avançons plus près de la façade principale. L’avant-cour était à l’origine gazonnée. Elle a été transformée en stationnement à partir des années 1950. L’hôpital d’origine était composé de trois ailes presque indépendantes, reliées entre elles seulement par des passerelles en hauteur (et plus tard par des tunnels). Au centre, c’est le pavillon de l’administration, à l’ouest, l’aile chirurgicale (dont il ne reste que la partie sud), et à l’est, le long de la rue University, l’aile médicale. Ce style pavillonnaire a été choisi afin de séparer les fonctions de l’hôpital et permettre un bon ensoleillement et une bonne ventilation des espaces. Tous les édifices d’origine sont construits en pierre calcaire grise de Montréal.

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L’architecte du pavillon principal est Henry Saxon Snell, un expert anglais en design d’hôpitaux. Il s’est inspiré de modèles écossais, en particulier de la Royal Infirmary à Édimbourg, afin de faire plaisir aux fondateurs de l’hôpital, deux anciens dirigeants du chemin de fer Canadien Pacifique d’origine écossaise : George Stephen (Lord Mount Stephen) et Donald Alexander Smith (Lord Strathcona). Leurs monogrammes sont présents en bas-relief au-dessus de la porte d’entrée principale : GS à gauche et DAS à droite.

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À l’arrière de l’aile ouest, un édifice moderne en hauteur a remplacé une partie d’un des bâtiments d’origine. Il s’agit du pavillon médical de 1959 de la firme Barott, Marshall, Montgomery & Merrett.

Si l’on se tourne et que l’on regarde vers le sud, de l’autre côté de l’avenue des Pins, l’édifice qui s’y trouve, en ce moment garni de filets de sécurité, fait partie du campus de l’Université McGill. Lors de son inauguration en 1911, il abritait la faculté de médecine. Ses trois ailes sont précisément alignées avec les trois ailes de l’hôpital, même si la symétrie est difficile à voir aujourd’hui. C’est également Lord Strathcona qui en a fait don à l’université. Après la construction du nouveau pavillon McIntyre des sciences médicales en 1965, ce pavillon a été réaffecté à la médecine dentaire.

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Il était possible à l’origine de marcher entre les pavillons de l’hôpital. Au fil des ans, les espaces libres ont graduellement été occupés par des chemins véhiculaires et d’autres pavillons. Même si tous les pavillons sont interreliés par des couloirs intérieurs, on n’y a pas accès depuis la fermeture de l’hôpital. En conséquence, la seule façon de se déplacer autour du site est en passant par les rues.

 

 

3.     Nous quittons maintenant l’avant-cour et allons monter la côte de la rue University.

La rue University représente la limite est des terrains de l’Hôpital Royal Victoria. En remontant la rue, on passe entre l’aile médicale d’origine de l’hôpital et l’Institut de pathologie de l’Université McGill, construit en 1923 selon les plans de l’architecte Percy Nobbs, très prolifique sur le campus. Un peu plus haut, on remarque la passerelle surplombant la rue. Elle relie l’hôpital à l’Institut neurologique de Montréal (le « Neuro »), fondé en 1934 par le docteur Penfield. Son édifice a été conçu par Ross & Macdonald, célèbres architectes canadiens de l’époque (édifice Dominion Square, ancien magasin Eaton rue Sainte-Catherine, hôtel Royal York à Toronto, édifice Price à Québec, etc.). Le Neuro étant situé de l’autre côté de la rue University, il ne fait pas partie du site à l’étude. De plus, ses activités ne seront pas déménagées au site Glen du CUSM.

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Du côté ouest, le raccordement se faisait avec l’extrémité de l’aile est originale de l’hôpital. Depuis 1956, c’est le nouveau pavillon chirurgical que rencontre la passerelle. Conçu par les architectes Barrott, Marshall, Montgomery & Merrett, ce pavillon moderniste adopte l’organisation interne qu’on reconnait dans les autres hôpitaux contemporains.

Après le pavillon chirurgical, on rencontre la chaufferie (power house) de 1900, encore en service avec sa fonction d’origine. Ce bel édifice de l’architecte Andrew Taylor, qui reprend le thème du château écossais, a été construit au moment de la centralisation du système de chauffage.

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Ensuite, c’est la buanderie de 1931, conçue par Ross & Macdonald. C’est un bâtiment très modeste pour des architectes si grandioses. Son mur arrière est en courbe pour mieux s’insérer dans l’espace limité avant la montée abrupte du terrain juste derrière.

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Enfin, on arrive devant le pavillon des Femmes, à l’origine le pavillon de la maternité, ouvert en 1926. Avec son voisin à l’ouest (le pavillon Ross que nous verrons plus tard), il a été conçu par les architectes Stevens & Lee, spécialisés dans la conception d’hôpitaux. Nous sommes devant la petite porte arrière pour les patientes qui arrivaient à pied, comme nous. Une autre porte donne sur l’étage supérieur, côté montagne, accessible en voiture par une longue allée qui monte depuis l’avenue des Pins. C’était l’entrée des patientes plus aisées.

En redescendant, n’oubliez pas de contempler les vues vers le centre-ville, même si le corridor visuel est assez restreint.

 

 

4.     De retour au coin de l’avenue des Pins, on tourne à droite pour revenir dans l’avant-cour. En grimpant sur le talus gazonné au-dessus de la sortie du garage souterrain (un ajout des années 1980), on peut contourner l’aile ouest d’origine en admirant ses grands balcons en fer forgé.

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Nous sommes maintenant devant le pavillon Hersey de 1907, dans un autre stationnement qui était à l’origine un espace gazonné. Mabel Hersey a été pendant 30 ans la surintendante des infirmières à l’hôpital. Le pavillon, souvent appelé « Nurses’ Home », a été construit pour héberger les infirmières qui étudiaient et travaillaient à l’hôpital. C’est la première construction sur le terrain initialement offert par la Ville.

Son architecture est conçue pour donner l’impression d’un édifice résidentiel de prestige. Ses architectes, les frères Edward et William S. Maxwell, étaient les concepteurs de nombreuses grandes demeures sur les flancs de la montagne, en plus d’autres édifices de prestige comme des gares et des banques. Le pavillon Hersey est la seule partie de l’hôpital classée lieu historique national du Canada, comme en témoigne la plaque commémorative de couleur bourgogne.

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À gauche, un ajout de 1931 se projette en diagonale vers l’avenue des Pins. Son architecture plus dépouillée indique le changement de goût apporté par le modernisme. L’année de sa conception par les architectes Lawson & Little est gravée sur une façade. Après la fermeture de l’école d’infirmières de l’hôpital en 1972, le pavillon Hersey a été réaffecté à des fonctions de recherche.

 

 

5.     Derrière l’aile de 1931, on découvre un sentier et une large allée asphaltée menant vers le haut. On emprunte l’allée pour se retrouver devant le pavillon Ross Memorial. Situé au même niveau que le pavillon des Femmes, ce pavillon des architectes Stevens & Lee a été ouvert en 1916. Ses allures de grand hôtel de luxe (le style château était très à la mode pour les hôtels de luxe au Canada) rappellent sa fonction : héberger dans le confort les patients payants de l’hôpital. Contrairement à la mission principale du Royal Victoria qui était d’offrir des soins gratuits à tous, ce nouveau pavillon permettait de répondre à la demande pour un environnement plus cossu par les patients aisés, en les tenant à l’écart des patients pauvres. Derrière la tour de l’autre côté de l’édifice, face à la montagne, se trouvait un jardin de thé.

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Le pavillon Ross était presque un hôpital autonome. Un passage partait d’un étage supérieur à l’arrière de l’hôpital principal pour arriver à la base de la falaise sous le pavillon Ross, complété par un ascenseur qui permettait la circulation du personnel entre les deux sections de l’hôpital. Depuis les années 1990, le pavillon du centenaire occupe l’espace au pied de la falaise et offre de nouvelles connexions entre les pavillons.

Qui était Ross que le pavillon commémore? James Ross, ingénieur civil d’origine écossaise, responsable de la construction de plusieurs tronçons du chemin de fer Canadien Pacifique, est mort en 1913. Son fils J. K. L. Ross a fait don de centaines de milliers de dollars pour l’érection du pavillon.

 

 

6.     Poursuivons par l’allée sinueuse qui continue à monter. Elle passe derrière le Ross pour aboutir au pavillon des Femmes, que nous avons déjà vu d’en bas. Quittons donc l’allée pour emprunter un escalier à gauche. Cet escalier traverse le mur marquant la limite entre le terrain initial de l’hôpital et la demeure de Hugh Allan, Ravenscrag. La propriété Ravenscrag a été acquise par l’hôpital en 1940.

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En haut de l’escalier, à droite, on trouve une piscine, sur l’emplacement de l’ancien jardin potager de la maison. La piscine était un don de Henry Morgan (qui venait juste de vendre sa chaîne de grands magasins à la Compagnie de la Baie d’Hudson) vers 1960, à l’intention du personnel de l’hôpital. Elle est hors service depuis le déménagement de l’hôpital en 2015.

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Passons sur le gazon pour contourner les bâtiments par la gauche (côté est). Nous arrivons aussitôt devant un édifice de pierre grise qui n’est pas la maison principale. Sa fonction est annoncée par la sculpture d’une tête de cheval au-dessus de l’entrée. Ce sont les anciennes écuries, construites avec la maison en 1861, et agrandies (avec la réfection de la façade) en 1898. Les deux dates se trouvent de chaque côté de la tête de cheval.

 

 

7.     Poursuivons sur la gauche pour arriver devant la maison elle-même. La construction de Ravenscrag s’étale entre 1861 et 1863 sous la direction de Victor Roy, jeune architecte de la firme de William Spier. Son style, appelé néorenaissance italienne (italianate en anglais), était celui des édifices commerciaux de très bon goût qui se construisaient à l’époque partout dans le Vieux-Montréal (de bons exemples se trouvent sur la rue Sainte-Hélène). Hugh Allan, l’un des hommes les plus fortunés du Canada, d’origine écossaise comme tant d’autres, avait fait fortune surtout dans les transports. Il dirigeait une compagnie de transport maritime et s’était impliqué dans plusieurs projets de construction de chemin de fer. Le célèbre « scandale du Pacifique », qui a fait chuter le gouvernement de John A. Macdonald en 1873, était en grande partie dû à Allan : il ne se gênait pas pour distribuer de grosses contributions aux ministres du parti conservateur au pouvoir, en anticipation d’un contrat important pour le chemin de fer transcontinental.

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On raconte que, du haut de la tourelle surplombant l’entrée principale, Hugh Allan pouvait voir arriver ses navires dans le port et ainsi déterminer le moment de son départ pour les accueillir. Quoi qu’il en soit, la vue était magnifique.

Après le décès de Hugh Allan en 1882, son fils aîné, Hugh Montagu Allan, hérite de la propriété et la rend encore plus opulente; c’est un lieu connu pour ses bals et soirées mondaines de la haute bourgeoisie montréalaise. Cependant, les changements socioéconomiques après la Première Guerre mondiale rendent le maintien d’une telle demeure insoutenable. Il n’y a plus assez de personnes prêtes à entrer en service domestique, la mode des grandes soirées victoriennes est passée, et les Allan décident de déménager dans l’immeuble d’appartements de luxe Le Château, sur la rue Sherbrooke. Ravenscrag a été offert en don à l’Hôpital Royal Victoria, qui l’a transformé en hôpital psychiatrique, l’Institut Allan Memorial.

Deux ajouts majeurs d’édifices modernes sont construits en 1953 et en 1962. L’ajout de 1962, le pavillon Irving Ludmer (en arrière à l’ouest), est particulièrement imposant. Son architecture est résolument moderne mais ne manque pas d’élégance et de subtilité, ce qui lui permet de complémenter sans écraser la demeure historique.

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8.     En descendant la pente vers le portail d’entrée, on aperçoit la maison du gardien. C’est une dépendance essentielle de la maison d’origine (c’est l’interface entre la ville et le domaine privé), à côté de laquelle tous les visiteurs devaient passer. Elle a été restaurée soigneusement en 1988 et transformée en bureaux. À partir d’ici, tournez-vous pour regarder la maison en haut : on a une bonne vue d’ensemble sur sa façade se découpant sur le flanc de la montagne. La vue vers le bas est moins large que jadis, maintenant que le centre-ville de Montréal s’élève en hauteur devant le fleuve; c’est quand même encore un bon point de vue.

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