Consulter en temps de COVID-19 - Résultats de l'enquête

Contexte 

À l’instar de nombreux autres secteurs d’activité au Québec et ailleurs dans le monde, la pandémie de la COVID-19 a incité l’OCPM à réfléchir à de nouvelles façons de tenir les consultations publiques. Comme le précise la Loi sur l’aménagement et l'urbanisme (LAU), notre modèle est basé sur le principe des audiences publiques qui prévoit la présence des populations concernées lors des étapes essentielles que sont les séances d’information et les auditions d’opinion. Cette façon de faire, élargie à l’ensemble de nos processus, s’inscrit dans la promesse de transparence et d’indépendance fondamentale à l’OCPM.  

Jusqu’à maintenant, les expérimentations de participation en ligne s’inscrivaient en complément au processus traditionnel. Il s’agissait, essentiellement de questionnaires, de plateformes de débat ou de cartes interactives. 

Dans un contexte de crise sanitaire limitant les rassemblements et imposant la distanciation physique, il devient nécessaire de repenser le modèle traditionnel des assemblées publiques pour s’adapter aux circonstances. Face à cette situation inédite et en concordance avec le mandat qui nous est confié par la charte de la Ville de Montréal, il nous est apparu important d’évaluer les attentes de la population face à la consultation publique ainsi que les perceptions en ce qui a trait à d’éventuelles consultations virtuelles, de sorte à mieux identifier les actions à entreprendre maintenant, mais qui pourraient s’avérer porteuses aussi pour l’avenir. 

 

Méthodologie 

En mai 2020, trois outils ont été développés et administrés afin de recueillir l’opinion des personnes :  un questionnaire en ligne à l’intention du public en général, particulièrement les personnes qui suivent les travaux de l’OCPM via l’infolettre ou les différents réseaux sociaux; un questionnaire administré au téléphone auprès de participants ayant fait le choix d’une contribution présentielle et uniquement orale à des consultations s’étant déroulées en 2018 ou 2019; des  entretiens individuels, en profondeur, auprès de promoteurs et de représentants d’organismes communautaires.  

La méthodologie détaillée et les résultats de ces études sont disponibles sur demande. 

 

Consulter en période de crise sanitaire 

Au plus fort de la crise sanitaire, alors que le quotidien était monopolisé par l’application des gestes barrières et que le Québec, sur pause, voyait sa situation économique se détériorer à grande vitesse, l’importance que les citoyens accordent aux processus consultatifs est élevée :  plus de neuf répondants sur dix (91,9 %) se disent en accord avec la proposition voulant que, même en période de crise sanitaire comme celle de la COVID-19, les gouvernements doivent continuer à stimuler la participation citoyenne. 

Cette opinion est aussi partagée par les promoteurs et les représentants d’organismes communautaires qui estiment que les consultations publiques doivent reprendre au plus tôt. Les promoteurs soutiennent que la vie doit continuer et plaident en faveur de gestes rapides et concrets visant à rebâtir l’économie de Montréal. Les représentants des groupes communautaires croient, quant à eux, qu’il faut absolument encourager et poursuivre le constant dialogue entre la Ville et les citoyens et surtout éviter que les instances publiques prennent des décisions unilatérales, prétextant l’urgence en temps de crise sanitaire.   

Nos résultats montrent aussi que la crise sanitaire ne semble pas affaiblir le désir et le besoin de participer à des processus de consultation publique : à ce sujet, près de sept répondants en ligne sur dix (68,7 %) se disent en désaccord avec l’idée suggérant qu’en période de crise sanitaire comme celle de la COVID-19, les citoyens n’ont pas la disponibilité d’esprit nécessaire pour participer à une consultation publique. Les décisions importantes de nos gouvernements doivent se prendre en accord avec les principes de dialogue public établis à ce jour. L’attachement envers les valeurs démocratiques n’a pas été ébranlé par la crise.  

 

Virtuel versus présentiel 

L’objectif de la participation est de se rapprocher des institutions et d’influencer la prise de décision. Les moments forts d’une consultation publique que sont les séances d’information et l’audition des opinions sont des occasions de rassembler les citoyens qui souhaitent se faire entendre. Peut-on atteindre un résultat satisfaisant en évitant tout rassemblement physique? 

Une forte majorité de répondants en ligne (82,9 %) se disent intéressés (20,1 % plutôt intéressés et 62,9 % très intéressés) à suivre les travaux d’une consultation publique dont le sujet les intéresse beaucoup, si cette dernière se tenait exclusivement de façon virtuelle, c’est-à-dire en excluant toute présence physique. Cette proportion atteint 89,6 % chez les répondants interrogés au téléphone (9,3 % plutôt intéressés et 80,3 % très intéressés).  

Pour ce qui est de participer à une telle consultation et faire entendre son opinion, les points de vue sont aussi favorables alors que 82,2 % manifestent leur intérêt (16,1 % plutôt intéressés et 66,1 % très intéressés). Parmi les répondants joints au téléphone, 93 % indiquent leur intérêt (14 % plutôt intéressés et 79 % très intéressés). 

Ainsi, les moyens numériques ou virtuels de consultation ne semblent pas représenter, pour une très forte proportion, un frein à la participation, particulièrement si le sujet soumis à la consultation en est un d’intérêt et d’importance.  

Les propos entendus lors des entretiens individuels indiquent qu’il est possible de tenir des consultations publiques exclusivement sur un mode virtuel, mais on y voit deux principaux inconvénients : 

  1. La fracture numérique qui pourrait empêcher certains groupes, déjà marginalisés, de participer, ne disposant pas des outils technologiques appropriés; 
  2. La perte de l’interaction entre les différents intervenants qui aide à sentir, à comprendre et à transmettre les émotions. 

Cependant, ces inconvénients seraient compensés par les avantages perçus des consultations virtuelles que sont 1) le fait de permettre la démocratie et de rassurer les citoyens, 2) de permettre à un plus grand nombre de suivre les travaux, 3) d’atteindre un haut niveau de transparence, 4) d’encourager une plus grande fluidité du lien entre la chose publique et le citoyen et, enfin, 5) rendre l’accessibilité universelle. 

Afin de contrer la perte d’interaction entre les différents intervenants, plusieurs suggèrent des consultations hybrides, qui laisseraient la place au présentiel lors des séances d’information, mais encore plus lors de l’audition des opinions – même si le présentiel peut représenter certains défis logistiques. 

Tous, cependant, seraient d’accord pour prendre part à une consultation exclusivement virtuelle, en admettant qu’une période de deux heures de suite derrière un écran est probablement le maximum tolérable. 

 

Crédibilité d’une consultation virtuelle 

Nous avons saisi l’opportunité pour évaluer le niveau de crédibilité générale dont bénéficie l’OCPM. Près de 90 % des répondants au téléphone et ayant soumis une opinion orale au cours des deux dernières années accordent beaucoup (59,3 %) ou assez (30,2 %) de crédibilité aux processus et méthodes de consultation publique de l’OCPM; 74 % des répondants en ligne partagent cet avis.   

Auprès des promoteurs et représentants de groupes communautaires interviewés, l’image de l’OCPM semble aussi positive alors que l’on retient les mots force, rigueur et structure organisée.  

On aime à penser que l’OCPM réfléchit en dehors de la boîte et qu’il porte un regard objectif et relativement critique aux projets qui sont soumis à la consultation publique. On soutient aussi que l’OCPM n’a pas peur d’être critiqué et, en ce sens, il fait généralement preuve d’audace, voire de courage dans ses processus et ses recommandations, quoiqu’il arrive qu’on ait la perception qu’il penche plutôt vers les groupes d’opinion/de pression/de citoyens. 

On croit aussi que l’OCPM est un outil essentiel à la démocratie : écouter et entendre la population, articuler ce que pense la population, comprendre les réalités des milieux, permettre au citoyen de s’exprimer, aller chercher les gens là où ils sont. 

On croit que l’OCPM entend et accueille tout le monde qui souhaite s’exprimer tout en gardant à l’esprit que le regard porté a pour objectif de développer la ville pour le bien commun et retenir ce qui est le mieux pour la ville. 

Peu importe le mode de participation à l’enquête, la perception des répondants à l’égard de l’OCPM et de ses processus est positive. Selon la majorité des répondants joints au téléphone (87,2 %) et ceux joints en ligne (77,9 %), les conclusions et les recommandations issues de consultations publiques menées par l’OCPM et tenues exclusivement sur le mode virtuel seraient également crédibles. Ainsi, on n’y voit aucune perte de substance ou de remise en question de la qualité de l’exercice. 

 

L’évolution de la participation citoyenne 

À la lumière de ces résultats, l’OCPM se sent à l'aise de proposer ses premiers processus de consultation à être réalisés entièrement au moyen d'outils technologiques. Cette expérimentation est considérée avec toute la prudence qu’il se doit afin de s’assurer que les nouvelles façons de faire permettent la qualité des échanges et de multiples possibilités d’exprimer librement une opinion. De même, une évaluation rigoureuse sera réalisée à chaque étape afin que cet exercice contribue à pousser plus loin notre volonté de permettre à la population montréalaise d’être entendue sur les sujets qui la touchent.