Mot de la rédaction

Bien que les processus de participation citoyenne aient une longue histoire, c’est un domaine toujours en ébullition. Le présent document s’en veut la preuve. L’articulation de ce qui est de l’intérêt général doit être déterminée avec la population, et non plus uniquement en son nom. Cette affirmation peut aujourd’hui nous paraître évidente, mais la dimension du comment faire participer demeure sujet à plusieurs interprétations et approches. Car si on s’entend sur la nécessité de partager le pouvoir décisionnel avec les citoyens, les moyens de faire ressortir et croiser leurs idées, contributions et revendications prennent différentes formes et ampleur, s’exercent à plusieurs niveaux, s’inscrivent dans des échelles à longues ou courtes durée, et ciblent des publics variés. C’est le constat que nous avons effectué lors de la journée d’échanges sur des expériences de pratiques participatives organisée par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) le 28 avril 2015.

Ce document vous offre dix textes portant sur le travail de participation de nombreux intervenants. Vous y découvrirez des pratiques et des philosophies variées recherchant toutes de permettre au citoyen d’être entendu par les décideurs publics. Pour mieux les présenter et comprendre leur finalité, nous les regroupons sous les trois catégories du thème de la journée, soient « consultation, concertation et codesign ».

 Trois mots, plusieurs interprétations
Les concepts présentés sont multiples et permettent de noter des interprétations différentes sur le vocabulaire employé. Ainsi, les mots « consultation », « concertation » et « codesign » peuvent varier de sens selon la personne qui en parle. Des entretiens avec les conférenciers et les responsables d’ateliers nous ont permis de noter qu’ils ne partagent pas tous la même définition des termes. Plusieurs souhaitent-même distancer leur pratique du mot « consultation » car ils la perçoivent comme un exercice d’instrumentalisation. Ils ont l’impression que la consultation se déroule dans un cadre rigidement défini où les participants ont peu d’influence sur le processus ou sur le résultat final. Pour chacun d’eux, il y a un risque réel que les exercices de consultation ne soient que symboliques.

Afin de mettre en contexte les interventions présentées, nous proposons une brève introduction aux trois concepts utilisés tel qu’on les conçoit généralement. La lecture des articles permettra de les approfondir, de les positionner et de les questionner.

Quelques définitions
La consultation, la concertation et le codesign sont trois formes qu’emprunte la démocratie participative pour prendre en compte les opinions citoyennes en dehors du cadre des élections.  Le principe de base est d’engager directement les citoyens dans les décisions qui affectent leurs milieux et leur vie. Malgré leur objectif commun de participation, ces formes diffèrent en terme du pouvoir d’influence accordé au citoyen, le faisant passer d’émetteur d’un avis non contraignant à un collaborateur essentiel du processus décisionnel.

Consultation 
La consultation est un mécanisme de sollicitation de l’opinion des citoyens par une autorité afin d’informer la prise de décision publique. Elle peut être utilisée à plusieurs phases d’un projet et effectuée à travers une multitude d’outils. La démarche peut être initiée par les autorités publiques, mais peut aussi émaner de la population elle-même, sans qu’elle n’ait de cadre légal. Quant à ses limites, les autorités ne sont pas contraintes de suivre les opinions obtenues, ni, le cas échéant d’expliquer les raisons de leur refus. Par contre, entreprendre une consultation sans accorder au public une sincère influence sur le résultat contribue grandement à l’érosion de la confiance qu’ont les citoyens envers leurs institutions.

Les textes « Les arts pour faciliter la consultation », « Outils pour expérimenter avec l’environnement urbain », « Harnacher le potentiel du numérique pour consulter plus et consulter mieux », et « La médiation intellectuelle pour s’approprier des enjeux » abordent ce sujet.

 

Concertation
La concertation est un mécanisme qui favorise la réflexion et l’action collective afin de trouver des solutions à des problèmes sociaux, politiques et/ou économiques communs. Elle offre un forum qui réunit de manière plus ou moins formelle des acteurs ayant une taille, un mandat et une culture organisationnelle ainsi que des moyens bien différents. Le texte sur la table de concertation Montréal-Nord en santé, « Soutenir la concertation locale pour mieux planifier », explore d’ailleurs quelques conditions nécessaires à la concertation fructueuse. « Rejoindre les personnes à risque d’exclusion » aborde aussi le sujet.

Codesign
Le codesign adopte une posture où le citoyen est présent et engagé de la conception à la réalisation. Cette démarche est basée sur un échange d’information dynamique et continu entre citoyen et autorités publiques. Si la concertation tente de réfléchir avec les acteurs d’un milieu, le codesign vise à concevoir et faire ensemble tout au long d’un processus. Dans plusieurs cas, un changement de culture interne est nécessaire pour passer à une logique de co-construction et pour intégrer la collaboration à l’ensemble des méthodes de travail.

Le codesign se décline de plusieurs manières. Dans ce document, il sera abordé par le texte sur le « Codesign de politiques et services publics », ainsi que celui du Centre d’écologie urbaine de Montréal, « De l’information à la concertation, le choix des techniques d’animation ».

La mobilisation citoyenne
Le thème de la journée de réflexion « l’art de planifier avec les populations locales », a amené plusieurs à discuter des défis de créer des espaces rassembleurs. À de nombreux endroits au travers des textes, on peut remarquer les approches que favorisent les intervenants dans leur contact avec des citoyens d’horizons variés.

La réflexion par rapport à l’animation d’un dialogue avec des acteurs de statuts et de savoirs différents est très riche. Certains intervenants, tels Parole d’excluEs et le Centre d’écologie urbaine de Montréal préconisent la séparation des groupes (p. ex. résidents d’un territoire, intervenants, décideurs publics, personnes en situations de marginalité) pour éviter la domination d’un groupe sur un autre, ou l’autocensure. D’autres comme Dynamo et l’OCPM préfèrent mélanger les groupes et les faire dialoguer à l’aide de techniques d’animation qui permettent à tous de prendre part. Chaque méthodologie a ses forces et ses défis et offre un point de vue intéressant sur la manière de mobiliser un ensemble de citoyens diversifié et de créer des espaces accessibles.

Le travail de préparation avant d’entamer un processus participatif est fréquemment cité comme un facteur de succès. Avant de déterminer le format que prendra la démarche (ateliers de codesign, sondage, conversation citoyenne), il faut avoir cerné le type d’information qu’on recherche, les parties prenantes qui pourraient contribuer et le temps disponible pour mener l’exercice. Ces idées rappellent l’importance de s’assurer que les processus de consultation soient adaptés à leur contexte afin qu’ils permettent d’améliorer les projets et de répondre aux attentes de la population.

L’éventail de pratiques mise de l’avant et le travail assidu des intervenants est impressionnant. À travers leurs efforts, ils créent et enrichissent des lieux d’expression, d’expérimentation, et d’apprentissage. Alors même que nos instances politiques à plusieurs paliers d’intervention font face à un déficit de légitimité, ces textes font ressortir la diversité et la complexité de l’expérience de démocratie participative. Les intervenants rencontrés ont souligné l’importance de créer espaces d’échanges car c’est en dialoguant entre praticiens, chercheurs, élus et membre de la communauté qu’on se questionne, qu’on se positionne et surtout qu’on renforce ses interventions. L’Office de consultation publique de Montréal espère donc que la conversation se poursuivra sur d’autres plateformes.