Atelier : Outils pour expérimenter avec l’environnement urbain

Institution : département de géographie, urbanisme et environnement de l’université Concordia, Laboratoire TRIP (Transportation Research for Integrated Planning) Lab
Responsable d’atelier : Zachary Patterson, professeur adjoint

OCPM3C

Consultation, visualisation et expérimentation

Comment pourrait-on rendre plus accessibles les processus de consultation sur des questions d’aménagement urbain ? Est-il possible de faciliter l’exercice de visualisation des projets sous études ? C’est sur ces questions et de nombreuses autres que Zachary Patterson, professeur adjoint au département de géographie, urbanisme et environnement de l’Université Concordia s’est penché. Un curieux du potentiel des technologies visuelles, il a le désir de mieux comprendre la relation entre l’individu, son environnement et les facteurs qui influencent ses choix.

Lors de la journée d’échanges, le professeur Patterson a présenté un outil novateur qui pourrait faciliter l’exercice de consultation publique sur des thématiques d’urbanisme et d’aménagement. L’outil permet de mieux visualiser l’espace sous étude, de quantifier le choix du public par rapport à certains paramètres considérés, et de donner une pondération à ces paramètres afin d’identifier les plus populaires. Son usage se prête à des institutions qui organisent des consultations publiques et serait aussi pertinent pour des individus qui, de par leur fonction, aimeraient éclairer leur prise de décision par une compréhension des préférences des citoyens.

Commençons par le début

Les enquêtes de préférences déclarées sont des techniques d’analyse de l’information fréquemment utilisées pour évaluer des scénarios d’offre de services, souvent dans le domaine du transport urbain. Dans le cadre d’une étude, on prépare des scénarios hypothétiques et on demande à l’individu d’identifier son option préférée. L’exercice est répété à plusieurs reprises avec des scénarios similaires, mais où les paramètres diffèrent légèrement et se recroisent. L’individu ne peut toujours retenir qu’une seule option. Une fois l’exercice terminé, l’analyse des choix permet d’identifier et de hiérarchiser les préférences des répondants par rapport aux paramètres présentés.

Selon la version traditionnelle de l’outil, les options de scénarios étaient décrites. Les recherches en technologie de visualisation comme celles du professeur Patterson ont permis de raffiner les enquêtes de préférences déclarées en illustrant les scénarios avec des images trois dimensions (3D) ou avec des simulations vidéo. De là, sont nées ce que le chercheur appelle les « enquêtes de préférences déclarées, visuelles, avancées ».

En présentant les résultats de ses recherches, Zachary Patterson a réalisé que ce type d’innovation pourrait avoir une toute autre utilité dans un contexte pratique, tel celui des consultations publiques. Avec quelques ajustements, la présentation visuelle de l’information permettrait d’aller au-delà de l’étude du comportement des répondants face à des scénarios fictifs. Elle informerait la prise de décision politique en permettant d’analyser les préférences du public par rapport à des permutations de projets d’urbanisme et d’aménagement sous étude en consultation publique.

L’usage de la visualisation n’est pas nouveau en consultation publique, mais on l’utilise généralement pour montrer une sélection limitée de représentations du résultat final après les travaux proposés. Là où Zachary Patterson innove, c’est en utilisant une visualisation animée pour illustrer maintes permutations possibles afin que le public vote en temps réel pour les options qu’il préfère. Son outil permet aussi de pouvoir comprendre les effets des différences dans les paramètres sur les préférences du public.

Lorsque Zachary Patterson montre l’outil en question, on voit à l’écran d’un ordinateur deux vidéos côte à côte. Les deux contiennent une simulation avec le même rond-point, des automobiles en mouvement sur les avenues menant au carrefour et des piétons qui marchent sur les trottoirs. En observant, on remarque qu’un des vidéos a placé le passage pour piéton immédiatement avant le rond-point tandis que l’autre le situe plusieurs mètres avant. Face à ces deux scénarios, il faut voter pour son option préférée. Question deux : le même rond-point est présenté, le passage pour piéton est identique mais cette fois-ci, une des avenues a quatre voies tandis que l’autre en a deux. On vote encore, et ainsi de suite. En consultation publique, la présentation des scénarios continuerait et un public d’une centaine de personnes ou plus, selon la capacité, voterait en même temps à l’aide de manettes. Zachary Patterson explique que l’on peut même changer la vitesse à laquelle circulent les automobiles si c’est un paramètre à étudier.

L’analyse statistique des résultats permettrait aux organisateurs de la consultation d’évaluer les facteurs qui influencent le choix du public et d’en quantifier l’importance. « Il se peut qu’il y ait des paramètres [incontournables] à inclure dans un projet que les gens n’aiment pas ou qu’il y ait des contraintes budgétaires », soulève M. Patterson. En quantifiant l’importance de chaque facteur, « les responsables du projet pourraient compenser l’absence de certains éléments par la présence d’autres », poursuit-il. Pour illustrer ceci, si, par exemple, des citoyens préféraient des avenues composées de deux voies, mais que pour gérer la circulation on doive en construire quatre, la municipalité présenterait ces scénarios en enquête et pourrait choisir d’inclure un îlot pour piétons entre les voies si les résultats révélaient que ce facteur était apprécié.

Les enjeux

L’usage de la technologie de visualisation pourrait appuyer des consultations menées sur l’aménagement urbain (p. ex. développement d’intersections, plan de revitalisation de quartier, accès à et disposition des services pour des populations vieillissantes). Cependant, le type de visualisation proposé par Zachary Patterson est optimal en deuxième phase, lorsque le public a encore une influence sur la décision finale, mais après que des réflexions initiales aient eu lieu pour établir les balises du projet et limiter les facteurs à présenter.

L’outil de M. Patterson est encore en phase de recherche et son usage (développer l’enquête, les scénarios et les graphiques) requiert une expertise poussée qui n’est pas à la portée de toutes les municipalités. Quant au montage technique et à l’analyse statistique, le professeur croit que l’expertise serait disponible au sein de grandes villes possédant un département de visualisation, ou, du moins, que ces villes pourraient aller la chercher auprès de consultants détenant une expertise plus précise. « J’aimerais que [l’usage des outils de présentation visuelle de scénarios] fasse partie de la pratique future des bureaux d’architectes et d’urbanistes et surtout de ceux qui se spécialisent en consultation publique. C’est le milieu le plus apte », confie-t-il.

Professeur Patterson, que voulez-vous que l’on retienne de votre atelier ?
« Qu’il y a des moyens de bâtir sur les technologies de visualisation d’une façon scientifique et quantitative afin de l’incorporer dans des consultations publiques qui démontrent du potentiel ».

Projets qui allument Zachary Patterson :

Application du projet DataMobile Project
Créée par Zachary Patterson et son équipe, l’objectif initial de cette application était de recueillir des données sur le transport des étudiants, des professeurs et du personnel de l'Université Concordia. L'application enregistre l'emplacement, la vitesse et l'altitude du déplacement de l'utilisateur par le biais de son téléphone intelligent. Une version de ce projet sert actuellement à cartographier les routes de transport en commun à Accra au Ghana.

Pour d’autres exemples de collecte de données passives avec des technologies mobiles dans le contexte du comportement du transport, l’institut MIT a un projet de plusieurs années à Singapour (liens uniquement en anglais).

Pour en savoir plus

  • Enquête de transport par téléphone intelligent : Présentation du Professeur Patterson
  • Bétaville est une plateforme participative en ligne qui permet à des projets de design urbain d’être développés et discutés en commun.
  • Carticipe : plateforme cartographique participative conçue pour favoriser les débats citoyens et la concertation sur une ville ou un territoire. Dans le cas de Sherbrooke elle permet aux usagers de suggérer des idées au sujet du développement touristique.
  • Wikicité
    Évènement de l’Office de consultation publique de Montréal sur la participation citoyenne à l'ère numérique.
  • Polytechnique Montréal
    La Chaire de recherche sur l’évaluation et la mise en œuvre de la durabilité en transport est « un lieu privilégié de recherche, d’expérimentation et de développement méthodologique pour soutenir l’évaluation des contributions des projets, politiques et plans de transport au développement durable ».

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