Atelier : La médiation intellectuelle et l’appropriation des enjeux

Organisation : Exeko
Responsables d’atelier : Nadia Dugay, co-fondatrice et co-directrice générale et Agnès Lorgueilleux, chargée de développement et innovation

OCPM3C

L’exclusion, un inhibiteur de l’exercice de raisonnement

Ceux et celles qui se sont déjà sentis diminués ou intimidés lors d’échanges comprendront qu’on n’y participe pas pleinement. Aussi, ceux et celles qui ont déjà animé des réunions en remarquant un déséquilibre entre les participants sans avoir pu y remédier sauront intimement que la création d’un espace physique permettant la participation ne garantit pas l’actualisation de son plein potentiel. Ces notions font aussi partie de l’analyse de l’organisme à but non lucratif montréalais Exeko. Dans le cadre de ses interventions auprès de personnes en situation d’exclusion ou d’itinérance, son approche mise sur la promotion de la culture, de la créativité et de la pensée critique comme leviers de réintégration sociale et d’émancipation.

Fondé en 2006, Exeko travaille auprès de clientèles jeunes et adultes, autochtones et autres, en milieu communautaire et carcéral. Ses interventions cherchent à bannir la notion que la pensée, le raisonnement et la créativité appartiennent à un groupe exclusif chez qui on perçoit plus d’intelligence à cause de diplômes ou autres reconnaissances externes. Son approche d’intervention se base sur la notion que les processus participatifs ont le potentiel de renforcer le rôle et la capacité d’agir des citoyens, mais que pour atteindre cet objectif, des interventions précises sont nécessaires pour contrer les asymétries de pouvoir déjà présentes dans ces espaces.

La médiation intellectuelle

Pour mieux allier les arts et l’intervention sociale, les fondateurs d’Exeko ont repensé les modèles d’intervention et développé l’approche de la médiation intellectuelle. Celle-ci est une pratique philosophique et pédagogique qui vise à créer des moments créatifs, inclusifs et critiques. [Document Exeko sur la médiation intellectuelle] Sa pierre angulaire est la présomption de l’égalité des intelligences et des cultures, car c’est en créant des espaces égalitaires de discussion, de réflexion et d’apprentissage, qu’on stimule la participation des personnes marginalisées, partie souvent sous-estimée et peu utilisée.

Lors d’interventions telles des ateliers de discussion, les médiateurs combinent un ensemble de stratégies et de techniques pour veiller à ce que les principes éthiques, qui reconnaissent le potentiel pensant de chaque individu, le dépassement de soi et la présomption de l’égalité des intelligences, soient maintenus. Concrètement, à travers des techniques d’animation, les médiateurs abordent des thématiques complexes de manière plus accessible. Par exemple, en appuyant la conversation sur le vécu des personnes consultées, en utilisant des d’objets ou en créant des jeux de rôle. Les médiateurs entament un dialogue qui permet aux participants de prendre part à l’exercice citoyen en amenant leurs propres idées. Tout au long de l’activité, ils s’adaptent aux désirs d’apprentissages des participants, encouragent la prise de parole et veillent à ce que les savoirs amenés demeurent accessibles.

La médiation intellectuelle est utilisée lors de projets tels des ateliers créatifs et interactifs destinés aux citoyens marginalisés, des activités de théâtre et de contes pour jeunes autochtones, de même que des bibliothèques fixes et mobiles, pour n’en nommer que quelques-uns. À travers cette pratique, les personnes marginalisées acquièrent les outils, le savoir et la confiance nécessaires pour éviter les situations d’exclusion, se conscientiser quant aux enjeux sociaux et contribuer à leur épanouissement. Nadia Duguay explique que former les personnes marginalisées au raisonnement contribue à les outiller afin qu’elles se défendent intellectuellement, s’éveillent et questionnent leur condition.

Le choix des médiateurs influence l’atteinte des résultats. Lorsqu’une organisation l’invite à mettre sur pieds des activités, Exeko combine les profils des médiateurs de façon à mieux répondre aux besoins et attentes des participants. Exeko s’est donc doté d’une équipe d’individus provenant de plusieurs disciplines artistiques et de sciences humaines et sociales (p.ex. musique, philosophie, anthropologie, journalisme, théâtre).

Médiation intellectuelle et consultation

Le travail de médiation intellectuelle comporte à la fois une dimension pratique et politique. Au niveau individuel, l’approche vise à redéfinir le rapport de soi à soi, et d’intervenant à participant. Au niveau sociétal, un des objectifs est de changer la perception de la société et de ses institutions envers l’individu marginalisé.

Pour permettre aux individus de reprendre leur pleine citoyenneté, Exeko offre une série de programmes et d’activités qui s’adaptent au contexte. Par exemple, l’équipe a collaboré à un projet de recherche avec l’UQAM dans lequel le postulat retenu faisait en sorte que tous les membres étaient considérés comme des coapprenants (les médiateurs, les chercheurs et les personnes marginalisées).

Dans le cadre de consultations publiques, l’approche préconisée par Exeko est utile pour joindre et discuter d’enjeux sociaux avec des personnes en situation de marginalité. Exeko met en œuvre des moyens afin que les préjugés dont sont victimes les personnes en situation de marginalité soient suspendus pendant le temps des ateliers. Cette pratique comporte une démarche de vulgarisation de l’information dans une optique pédagogique et sociale. Elle rejoint divers types de publics, mais particulièrement les personnes en situation d’exclusion ou d’itinérance. Cette pratique se prête à des organisations ou institutions qui tentent de rendre plus accessible le contenu des consultations, ou qui voudraient faire rayonner les idées des personnes marginalisées durant les différentes phases d’un projet.

En conclusion, Nadia Duguay souligne qu’il faut être attentif à la problématisation des situations. Préférant travailler sur « les potentiels » au lieu des problématiques, elle définit l’inclusion sociale comme la capacité de normer autrement une société, d’en changer le cadre pour permettre à tous et chacun d’en faire partie. 

Facteurs nécessaires au succès des processus de consultation d’après Nadia Duguay.

Il faut :

  1. parfois faire appel à un service spécialisé pour travailler avec des gens en contexte difficile;
  2. être honnête avec les participants quant aux objectifs de la consultation ainsi qu’au degré d’influence sur le résultat final;
  3. allouer le temps nécessaire pour préparer un processus participatif;
  4. organiser des ateliers pour décider collectivement de la question et cartographier les enjeux de la participation inclusive.

Pour en savoir plus

  • Exeko
  • Goulet, Langlois Maxime. « De nation à nation : la médiation intellectuelle et culturelle alliée à la présomption d’égalité des intelligences et des cultures » Bulletin de l’Observatoire international sur le racisme et les discriminations. Printemps 2014, Vol. 9, Numéro 1, pp. 19-23.  Voir https://criec.uqam.ca/upload/files/bulletin/vol9_no_1.pdf

Initiatives qui allument Nadia Duguay

  • Percolab
  • Maison de développement durable est un pôle de rencontres, d'échanges, de réflexion et d'innovations pour des organismes engagés dans la promotion du développement durable.
  • Des villes pour nous (Cities for people) – leur objectif est de créer les conditions propices au changement et de faciliter la transformation et le virage idéologique au sein des villes.
  • Promenades de Jane (Jane’s walk) ou en anglais
    Initiative citoyenne de visites de quartier effectuées par des résidents pour explorer et s’approprier l’environnement urbain.

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