Atelier : Harnacher le potentiel du numérique pour consulter plus et mieux

Organisation : Office de consultation publique de Montréal
Responsables d’atelier : Dominique Ollivier, présidente, OCPM et Jimmy Paquet-Cormier, innovation et nouveaux médias, OCPM

OCPM3C

Consulter à l’ère du numérique

Avec l’essor des technologies de l’information et de la communication (TIC), le rapport entre les citoyens et les institutions publiques a grandement changé. Les citoyens ont beaucoup plus d’attentes à l’égard de l’accès à l’information et au pouvoir d’influencer la prise de décisions publiques, en dehors du contexte d’élections. Afin de s’adapter à ce contexte évolutif, soit d’être capable d'atteindre des publics diversifiés et créer des espaces accessibles, délibératifs, et d’apprentissage, les organismes de consultation publique, comme l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), doivent savoir où et comment intégrer les TIC.

L’OCPM est une institution ayant pour mandat d’informer et d’associer les Montréalais à la réflexion et à l’analyse de projets d’aménagement ou d’urbanisme, de politiques, de plans municipaux, ou de toute autre initiative désignée par le conseil municipal ou le comité exécutif de la Ville. Depuis ses débuts, l’OCPM a adopté une attitude d’amélioration continue en ce qui a trait aux manières de joindre et de faire participer les citoyens au processus de consultation. En plus de dix ans de pratique, l’OCPM a eu recours à différents outils dont les médias sociaux (Twitter, Facebook, LinkedIn) pour mobiliser les participants ou dialoguer avec des intéressés avant, pendant et après des évènements. Puis, l’usage de maquettes 3D pour appuyer les discussions sur l'aménagement de secteurs ainsi que la présentation de données, en format ouvert, facilitant l’accès à l’information. Il y a aussi eu le vote électronique lors de débats citoyens, des sondages en ligne pour recueillir la rétroaction de participants, à la suite d'une activité et à la mise en ligne de contenu vidéo pour expliquer des enjeux et diffuser des connaissances. Les opportunités sont nombreuses.

Qui veut-on atteindre ?

À travers cette panoplie d’outils et de méthodes de communication, l’OCPM tente d’exploiter le potentiel du numérique pour :

  1. joindre de nouveaux publics qui participent rarement aux consultations;
  2. augmenter son rayonnement et stimuler la participation des citoyens aux activités qu’il organise;
  3. faciliter et renforcer sa mission d’information et de consultation du public.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas un profil-type du citoyen « branché » à joindre. Les groupes visés sont surtout ceux dont les interactions communicationnelles sont principalement faites par le numérique, peu importe l'âge. Homme et femme, professionnel, retraité ou chômeur, issu de l’immigration ou pas, urbain et fragilisé ou réseauté, tous les profils peuvent être trouvés au moyen des TIC, il suffit de bien analyser le groupe ciblé afin d’adapter les outils à sa réalité. En effet, les organismes de consultation publique doivent modifier leur façon de faire et organiser l’information du point de vue des usagers pour réussir à tisser des liens avec de nouveaux publics. En 2008, l’OCPM a été le premier organisme paramunicipal montréalais à ouvrir une page Facebook. À l’époque, il avait le désir d’informer un public plus jeune des opportunités d’influencer la prise de décision des élus, car ce public s’engageait déjà dans des conversations sur des thématiques d’intérêt, en dehors des espaces créés par l’OCPM.

Comment atteindre ces nouveaux publics ?

En plus de l'objectif de mobilisation et de partage d’information, aujourd’hui l’OCPM désire également se diriger vers une plus grande capacité de consultation au moyen du numérique. Deux avenues sont en développement :

1) L’approche territorialisée. Les technologies géospatiales permettent de nouvelles manières de concevoir la relation de l’individu avec un territoire. Elles permettent de créer des cartes géographiques dans lesquelles un utilisateur pourra localiser, rechercher, analyser et organiser de l’information grâce à un appareil tel un ordinateur ou un téléphone intelligent. Ce type de technologie peut être utilisé pour planifier un déplacement d’un point A à B ou pour évaluer le site de l'aménagement d'un parc urbain.

Lorsque les technologies géospatiales accompagnent une démarche de consultation, le potentiel est intéressant. L’Office en a fait l’expérience dans le cadre de la consultation sur la revitalisation du secteur d'emplois de l'Est de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. Avec l'aide d’une maquette, des impressions 3D et des lunettes de réalité virtuelle permettant de naviguer à l'intérieur du territoire réaménagé, l’OCPM a permis aux citoyens d’échanger lors de ces rencontres et de donner leur avis sur des scénarios possibles quant à la régénération du secteur. De plus, grâce à une maquette virtuelle en ligne les citoyens pouvaient consulter l’information en tout temps.

La valeur ajoutée de l’approche territorialisée est la capacité de co-construire avec les citoyens lors de consultations sur des questions d’aménagement. En permettant de visualiser et de s’approprier l’information, la compréhension des citoyens et la qualité de leurs commentaires s'en voient améliorées. Dans le contexte d’un processus de consultation en plusieurs étapes, la participation du public évoluerait en même temps que la conception des solutions. Les citoyens proposeraient des scénarios lors des rencontres initiales, et par la suite, ils pourraient réagir à la présentation virtuelle de ces scenarios. Cette pratique est utile lorsque les demandeurs de la consultation peuvent accorder du temps au processus, lorsqu'ils ont les ressources pour créer les outils, la capacité de mobiliser le public à participer à la démarche et qu'ils désirent une forte appropriation des enjeux par la population ou des recommandations.

2) L’approche de la démocratie électronique ou du développement d’une intelligence collective met l’accent sur une nouvelle forme de participation directe du citoyen à la vie politique. Cette approche préconise l’usage d’outils et de plateformes numériques pour permettre un échange d’information bilatéral, entre citoyen et organisations publiques sur des projets ou politiques. Elle transpose le lieu physique de la consultation dans un espace en ligne virtuel. Ceci pourrait être fait par des élus qui souhaiteraient recueillir l’avis des citoyens sur le budget municipal, par exemple, l’arrondissement Plateau-Mont-Royal a mis un simulateur en ligne pour que les résidents proposent des changements au financement de certains programmes et services.

La valeur ajoutée de la démarche se trouve dans sa capacité de mettre à contribution l’intelligence collective tout en favorisant l’engagement et le partage de savoirs. Cette pratique est utile pour les instances qui désirent augmenter la transparence par un meilleur accès à l’information et joindre un public plus large. Par contre, ce public doit avoir accès à un ordinateur ou un téléphone intelligent. Elle sert aussi à des décideurs qui désirent demander aux citoyens de se positionner, de manière individuelle, en lien avec des questions spécifiques. L’emploi de la consultation numérique ne favorise pas particulièrement la création d’un consensus.

Enjeux et défis

Savoir harnacher le potentiel c’est éviter un regard « utopique » sur les technologies. La fracture numérique, ou le risque d’exclusion en raison du manque d’accès à des technologies (ordinateur, Internet, téléphone intelligent), le manque de connaissances et de compétences techniques, ou la maîtrise de la langue, est un obstacle non négligeable à la participation.

La technologie ne permet pas non plus de surmonter tous les défis auxquels fait face la participation citoyenne. Si la surcharge d’information, le manque de motivation ou de temps constituaient d’importantes limites, avant l’usage du numérique, elles ne disparaîtront pas automatiquement.

L’usage des TIC doit faire partie d’une approche à long terme qui permet de cerner la diversité des publics, de bâtir la crédibilité et d’établir une relation de confiance. Dans la mesure du possible, les organismes de consultation devraient associer les usagers au processus, dès la phase de réflexion. Un autre facteur de succès pour toute stratégie de mobilisation est de favoriser l’usage de multiples moyens de communication complémentaires. Il faut également savoir quand utiliser chaque outil car Twitter, par exemple, n’est pas le médium pour demander un avis nuancé.

Les nouvelles technologies peuvent créer un environnement propice au partage de savoirs, à la consultation, voire même à la cocréation de solutions. Identifier et développer les moyens de tirer profit de leur potentiel représente un enjeu majeur pour accroître la transparence, l’accessibilité, l’interactivité et les occasions pour les citoyens de participer à la prise de décision publique.

Pour en savoir plus

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